Epures

Pour suivre Marie-Thérèse Tsalapatanis dans sa trajectoire il faut, comme elle, faire œuvre de dépouillement et ce n'est pas si facile. Lorsque nous nous sommes rencontrées il y a déjà quelques années, elle s'attaquait à la matière avec force et rigueur. On devinait une recherche, un cheminement, un inachèvement aussi. Ses mains inscrivaient alors dans l'espace des formes arrondies aux lignes souples, sinueuses comme des lianes, des formes issues de la nature, certaines enracinées, terriennes, d'autres plus aériennes, sinueuses, s'enroulant sur elle-même. Elles évoquaient pour moi le maniérisme épuré d'un Jean de Bologne, leur élégance raffinée : Eveil, Carole, Naïade ou Naomie appartenaient à cette veine. Elles séduisaient. J'écrivais alors dans une première préface à son catalogue que " leurs têtes dressées semblent émerger de quelque rêve intérieur à une réalité encore imprécise et angoissante ". La même impression m'envahit aujourd'hui alors que l'artiste s'exprime autrement. Je parlais alors de " genèse, de naissance avant que les corps ne se déroulent pour prendre possession de l'espace ". C'est en effet à une nouvelle genèse qu'il me semble assister, un lent glissement de la matière vers l'épure, l'émergence d'un signe : des figures signifiantes dont le monumental Don Quichotte montre le basculement.


Trois sources d'inspiration semblent aujourd'hui dominer l'œuvre de Tsalapatanis auxquelles d'autres plus diffuses se rattachent. La première est sans conteste la Femme. De son origine grecque l'artiste tient, au début de son œuvre, ses formes pleines, ses Vénus archaïques aux hanches généreuses, ses génitrices, " reliées " au sens spirituel du mot, à la Terre. Le regard cependant est ailleurs, visage dressé, absent, profondément intériorisé, toujours aussi " angoissant ". Déjà cette absence au monde, ce silence intérieur dans lequel affleure l'âme. Cette image-là est emblématique de l'œuvre de l'artiste. Du reste nombreuses sont les œuvres sous ce signe ou qui s'y apparentent : Réflexion, Présence, Rêverie, Penseur, Attente, Sphinx, Quiétude, Sentinelle, Ailleurs…Toutefois ce qui me frappe le plus c'est peu à peu l'absence de dénomination des figures qui sont tout simplement appelées Figures, avec des chiffres comme si l'artiste se refusait désormais à nommer, à définir, à préciser. Figure, pour qualifier des formes qui s'inscrivent dans l'espace comme des signes, dépouillées de leurs chairs avec des épaules pointues limitant une sorte d' écrin pour la tête " j'aime le squelette en deçà de la chair " dit l'artiste à propos de cette figure 10, femme sans doute mais quoi encore ? L'image s'intellectualise, elle devient concept car par-delà la Femme surgit partout l'emblématique image de la conquérante, dressée comme une figure de proue, qu'elle émerge de l'argile comme la Figure 10, altière comme la Figure 7, qu'elle soit Papillon prête à prendre son envol, Sphinx ou Marine, ou encore Flamme, elles se dressent comme des combattantes face à la matière, aux éléments, au ciel même qu'elles défient…Mais c'est surtout dans La Flamme et dans l'Eve que Tsalapatanis exprime le mieux ce concept d'une Femme toujours archaïque, maîtresse du Monde comme d'elle-même, régnant sur un Univers qui est à la fois le berceau et l'objet de son triomphe. Flamme est l'épure même d'une figure féminine, corps fiché en Terre, buste cambré, tête menue et bras levés, étirée et attirée vers le ciel comme ces figures antiques du triomphe décorant le char des vainqueurs. Mais ici cette Niké ne gouverne que son propre triomphe, triomphe qu'assure et proclame comme un défi cette Eve qui se substitue ici à l'Adam de Michel Ange au plafond de la Sixtine comme si Eve désormais avait définitivement oublié Adam, l'avait gommé de son histoire, refusant cette dépendance que la Bible a voulu lui assigner. C'est une rebelle. Tsalapatanis est féministe, elle l'avoue simplement, sans revendication, elle le pense, elle l'inscrit dans une œuvre par ailleurs sans concession. Il y a comme une déification de l'image féminine mais dans la dignité. Cette dignité est la seconde composante de l'œuvre de cette artiste. La Femme-Epure qui naît de son travail du modelé, cette Femme-là je le disais plus haut est presque un concept, quintessence de la femme elle est aussi spiritualité. J'évoquais alors toutes les références à l'intériorité, à la spiritualité, à la dignité car cette dignité n'est pas une attitude, elle est fonctionnelle, elle a pris sa force dans la Nature qui est la troisième composante de la trajectoire de cette œuvre et qui les résume toutes. Tout de suite la Terre, la première sollicitée, l'artiste la burine, " la bat avec un tasseau de bois pour découvrir " me dit-elle, " la volonté et le hasard de la matière ". Ainsi émergent ces Veilleurs qui sont aussi des Anges car " il y a dans la matière maîtrisée et non maîtrisée ", avouant par là que dans l'art il y a aussi la part de l'impondérable, de l'unique qui vous échappe et qu'il faut accepter avec humilité, " de l'attente non maîtrisée ". Le grand poète andalou, Federico Garcia Lorca appelait cette part d'ombre et de mystère " le duende " (le génie). C'est pourquoi aussi, avant le bronze, elle travaille ses figures dans l'argile. La terre, c'est aussi celle qui enfante, et, depuis le début de son œuvre, femme, terre et fécondité se rejoignent - la Grèce encore mais aussi toutes les civilisations qui sacralisent la Nature-. La Terre, c'est aussi le végétal qui apparaît dans cette Femme Feuille dont elle m'avoue " quand je l'ai terminée, j'ai vu que j'avais fait un sexe féminin ". Reliée, Femme reliée au Sacré. Les patines si importantes à ses yeux, elle les veut " en rapport avec le végétal, je vais aller vers une simple oxydation du bronze, je ne veux pas que ce soit décoratif ". Ensuite, sous le signe de l'Eau, la Mer, celle d'où naquit la Vie : Marine, Naïade, Rivages, des femmes s'enroulant comme des vagues, des femmes à la proue des navires ou guettant sur le rivage l'Eternel retour, leurs pieds et leurs mains regardez-les bien, ce sont ceux de sirènes au repos, elles vont repartir vers le large. Enfin le Feu dont La Flamme reste l'emblème le plus évident. La nature les imprègne, les matérialise, mais en même temps elle leur permet d'accéder à la liberté. Elles sont sans entraves, femmes libérées, Femmes-Esprit, Femmes-Epures. Libérées de quoi me direz-vous ? De la pesanteur de la matière, libérées par leur spiritualité, conquérante d'elle-même et en prise sur le monde. Femmes Modernes sans aucun doute mais Femme toujours.
Epures.
Il y a aussi quelques hommes chez Tsalapatanis. Il y a aussi des Animaux. Les animaux, elle les aime, mais chat, cheval, chien sortent de leur condition animale pour accéder aussi à la quintessence de leur condition animale. Il y a une forme d'anthropomorphisme chez ces figures qu'elle avoue : le chat est presque un tigre, il incarne l'agressivité, tandis que derrière le chien apparaît l'homme, ce qu'elle appelle " la part d'animalité de l'humain, son ambivalence ". La figure masculine du reste est peu fréquente, souvent asexuée : le Vieux, Le Flaneur (habillé), Les Veilleurs ou les Anges (habillés, les Anges sont asexués par nature); le Penseur sont des exceptions, je les vois davantage comme des études de corps, du reste la tête pourrait aussi bien être celle d'une femme, Birdy est un adolescent-oiseau, presque un enfant, femme ou homme ? Femme nous dit l'artiste. La plus extraordinaire de ces figures masculines pour moi reste le monumental Don Quichotte, figure intemporelle du héros de Cervantés, dressée dans l'espace, éternellement en quête de mythes oubliés, rattrapé par le réel qui ne pardonne pas aux rêveurs. Il est aussi une Sentinelle comme cette femme dressée, hanches larges, buste menu, regard grand ouvert sur l'inconnu.
On peut chercher des maîtres à Marie-Thérèse Tsalapatanis, c'est un jeu convenu: elle avoue du reste son admiration pour Germaine Richier, Giacometti, Picasso, Daumier et Michel Ange. Quelques rares portraits en témoignent. Et pourtant ces références, pour illustres qu'elles soient, ne peuvent en aucune manière expliquer l'œuvre de cette artiste qui s'inscrit bien dans son temps, mais en dehors des chemins consacrés, elle qui pourtant commence à accumuler les médailles et récompenses. Modeste, elle poursuit son itinéraire vers toujours plus de dépouillement, vers l'essentiel.


Lauriane d'ESTE
Historienne de l'Art
Paris janvier 2007

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"Figures "de Marie-Thérèse Tsalapatanis

Figure 7Le Comité Départemental du Tourisme de Seine-et-Marne a le plaisir d'accueillir le sculpteur Marie-Thérèse Tsalapatanis. Une cinquantaine d'œuvres, sculptures et dessins plongeront le visiteur dans l'univers à la fois expressionniste et méditatif de l¹artiste.

Dès l'âge de 10 ans, la passion de Marie-Thérèse Tsalapatanis pour le dessin la conduit vers les cours des Arts Décoratifs du Louvre. Sa curiosité lui fera découvrir la peinture puis sa rencontre avec d'autres ateliers parisiens, dont celui des Beaux Arts, la mènera vers la sculpture. Travaillant dans les premiers temps d'après des modèles vivants, son œuvre va progressivement se baser sur la mémoire. Son thème favori:la figure humaine. Nus ou portraits, ses formes épurées empreintes de spiritualité ont pour rôle de provoquer un dialogue avec le regard du spectateur. Partant de l'argile, du plâtre ou de la cire, l'aboutissement le plus souvent en bronze donne permanence et éclat à ses sculptures.

Marie-Thérèse Tsalapatanis travaille la matière en ronde bosse, invitant ainsi le visiteur à contempler ses œuvres sous tous leurs angles et dimensions. Matière brute, surfaces polies ou arrêtes vives, les rapports entre les volumes et l'espace puisent leur force dans la technique et l'inspiration du sculpteur dont la représentation plastique est par essence le mode d'expression.

Nominée à l'Académie des Beaux Arts de Paris, Marie Thérèse Tsalapatanis reçoit de nombreuses distinctions, expose dans différents salons, en tant qu'invitée d'honneur, dans des sites prestigieux comme l'Institut de France, le Toit de la grande Arche à la Défense lors d'un hommage à Rodin, le Musée Chapu au Mée-sur-Seine, dans des galeries à Paris et en province. Elle réalise plusieurs sculptures monumentales, dont le célèbre Don Quichotte exposé aujourd'hui à Argenteuil.
Parallèlement à son travail de création personnelle, Marie-Thérèse Tsalapatanis partage sa passion avec ses élèves lors de ses cours de sculpture.

Parmi les oeuvres exposées à Fontainebleau, le visiteur pourra admirer la série des " Figures ", des portraits et peut être même croiser quelques félins !

Sandrine Parriaux. Communiqué de presse.

septembre 2004

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QuiétudeMarie-Thérèse Tsalapatanis sculpture

J'ai découvert Marie-Thérèse Tsalapatanis il y a quelques années et l'année passée, dans le même salon, elle recevait le Prix du Conseil Régional. C'est avec beaucoup de plaisir de voir mettre en évidence son talent en l'invitant à une place d'Honneur. Voici une ascension rapide et méritée.

Son œuvre est particulièrement inspiré de la féminité. Elle travaille la matière en modelant les volumes jusqu'à ce que la sculpture s'élève à la conquête de l'espace. Travaillant l'anatomie humaine en élançant le buste de manière que le sujet perde sa raideur métallique pour mettre en exergue toutes les émotions émises avec autant de force par les courbes structurales qui appellent à de furtives caresses d'une main discrète que par l'intensité d'un majestueux regard digne d'une déesse.
L'art de Marie Thérèse est de donner vie à la rudesse du métal en y apportant une certaine dose de romantisme et de critères de beauté qui font de ses sculptures des compagnes avec lesquelles il fait bon vivre.

Christian GRENTE
Sociétaire des Gens de Lettres de France
Chevalier des Arts et des Lettres.
Décembre 2004

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Corps à Cœur

Marie-Thérèse Tsalapatanis sculpte le corps. Des corps de femmes le plus souvent, sinueux, pleins, féconds. Elle est l'invitée d'honneur du Salon des Arts de Saint-Maurice.



SentinelleSaint Maurice organise son Salon des Arts depuis vingt-trois ans. Cette année, Marie-Thérèse Tsalapatanis, invitée d'honneur, apporte quelques-uns des ses bronzes.
Marie-Thérèse s'alimente d'anatomies : celle des chats, celle des hommes, mais surtout celle des femmes. " La " femme, devrait-on dire. Modèle unique décliné en variations : assise en tailleur ou à genoux, mais à même le sol, sans socle. Cette femme a les cheveux noués pour laisser apparaître la ligne de cou, toujours longue, tendue. Des épaules à la taille, une finesse juvénile, élancée et gracieuse comme une ballerine. Tandis que le bassin et les cuisses offrent des courbes prometteuses de fécondité proche des rondeurs de la Vénus de Willendorf. Le travail de la matière et les teintes rappellent le traitement du corps chez le peintre expressionniste Egon Schiele. Les patines jaunes cuivrées sont obtenues en fonderie : " on brûle le bronze au chalumeau puis l'acide attaque la matière et donne ces teintes. " Son art cache des années d'apprentissage : " j'ai commencé par le dessin, dés l'enfance. Je suis passé par les ateliers, les cours, pour me perfectionner, travailler d'après modèle. " Après cette phrase de maîtrise technique, Marie-Thérèse a abandonné le réalisme pour laisser libre court à son style personnel, celui qu'elle sait depuis l'enfance, un style expressif et fort : " La façon dont je ressens les choses. " A découvrir jusqu'au 5 février.

Julie Malaure

Echo d'Ile de France- janvier 2006.

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NLes Figures de Marie-Thérèse Tsalapatanis sculpteur, vues par Christian Germak

Figure 3Ces figures et bien plus encore, font l'objet d'une exposition où des personnages de toutes tailles dominent la foule d'un air un peu fier et triomphant.

A l'exemple d'autrefois La Bruyère, les femmes de Marie-Thérèse Tsalapatanis (elles sont majoritaires), ont ce côté caricatural qui est marqué dans leur chair. Laquelle enveloppe bien douillettement leurs os. Car Marie-Thérèse Tsalapatanis joue avec les volumes qui lui servent à asseoir très solidement les lignes et les formes. Mais tout se joue autour de l'expression et de la féminité que celle-ci soit juvénile ou accomplie. Ici c'est dans une pose détendue que ses corps nus s'offrent aux regards, là ils sont plus langoureux, ou même maternels et protecteurs.

Marie-Thérèse Tsalapatanis prétend avoir plusieurs périodes, ou du moins deux principales. Nous ne sommes pas entièrement d'accord sur ce point. Pour nous il y a une continuité qui va s'étendre depuis des personnages construits de façon classique, vers les mêmes dont elle accentuera la partie charnelle des fesses. Ce qui les caractérisera autrement, en leur donnant une assise des plus solides. Cependant pour nous, dans les deux cas, Marie-Thérèse Tsalapatanis organise les poses comme un peintre organiserait les structures d'une nature morte. Car Marie-Thérèse Tsalapatanis se sert des membres, non seulement pour occuper l'espace qui entoure le corps, mais pour l'encadrer dans une suite harmonieusement logique, et qui offrira à sa construction ce caractère solide, expressif et unique. C'est l'œuf qui contient le volume dont les formes sont la partie intégrante. Les corps sont manipulés par elle en souplesse et avec les membres ils apportent une ambiance de beauté intégrale. Tandis que les seins sont lourds et arrondis, chargés qu'ils sont de tout le poids d'une réalité plus sexuelle. Par sa conception du sujet, Marie-Thérèse Tsalapatanis a compris et nous transmet cette attirance vers le charme d'une perfection qui englobe en un tout, l'œuvre toute entière. Cependant quel que soit le thème évoqué par l'artiste, on retrouve toujours cette expression globale à laquelle participe tout le corps, sans oublier les visages qui restent la source d'un langage fort et bien particulier.

Au fond nous ne sommes pas loin du délit de Belle Gueule !

Mais là ne s'arrêtent pas les inspirations créatrices de Marie-Thérèse Tsalapatanis, elle aime les animaux et ses chats nous le disent avec beaucoup d'humour, elle recherche aussi dans le filiforme de ses séries de Don Quichotte, une expression plus simple et qui reprend son talent de dessinatrice dans lequel elle excelle.

Une remarque intéressante pour les artistes, cette exposition qui se tient dans un lieu consacré au tourisme est une reconnaissance officielle du rôle important que peuvent avoir les arts en matière de tourisme. A condition, et comme c'est le cas aujourd'hui, de présenter des œuvres accessibles et au goût de tous.

Chistian Germak
N°395 du 21 sept 2004 - Arts Gazette International.

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Essence du nu

Entrer dans l'univers de Marie-Thérèse Tsalapatanis , c'est faire un retour aux sources de la sculpture: des formes muettes, sinueuses, enroulées sur elles-mêmes vous regardent de leur regard noyé, et leurs têtes dressées semblent émerger de quelque rêve intérieur à une réalité encore imprécise et angoissante. La plupart sont des nus « car le nu nous dit l'artiste, est éternel ». Il transcende la forme. Le silence s'impose. On assiste peut-être à une sorte de genèse, de naissance avant que les corps ne se déroulent pour prendre possession de l'espace. Il y a, à la fois unité de la forme et fermeture. Non pas que ces corps n'aient pas déjà leur espace. En vérité, ils existent au-delà deflore leur épure, forme et mouvement comme chez Jean de Bologne auquel certaines de ces oeuvres me font irrésistiblement penser, comme L'Eveil (1994) ou La Pose (1996) ou bien encore Flore (1994), toute en torsion ainsi que la Femme Assise ou La Méditation. De ces statues émane un Éros mesuré, contenu que l’on pourrait presque qualifier de pudique. Il y a aussi cette sublime Osanna, mi–sirène, mi-déesse qui semble sortir de l'Océan des origines et s'ébroue, attachée à son rocher, à peine consciente encore de la lumière du jour sur son corps poli par les ondes. Il en est de même de Maternité maternite;  où la femme et l'enfant se contemplent dans un dialogue éternel de formes enroulées et inséparables comme si la venue au monde de l'enfant ne faisait que souder plus profondément des liens que le foetus avait consacrés. Les figures de Tsalapatanis accèdent au monde dans l'inquiétude et dans l'angoisse. Elles gardent le souvenir de la protection primordiale.

Les oeuvres antérieures à 1996 cependant paraissent plus sereines. Elles s'inscrivent dans la grande tradition grecque et renaissante à laquelle l'artiste appartient, de par ses origines –Péloponnèse et Ile de Cos–. Tsalapatanis reconnaît du reste cet héritage, « quitte », dit-elle, «à s'en affranchir . Je ne crois pas aux gens qui ne passent pas par la rigueur. Il faut se créer des barrières pour les briser par la suite. C'est comme l'éducation il faut se libérer».

Tsalapatanis fait de la sculpture depuis vingt ans : la terre cuite, elle utilise
l'argile noire ou rouge, le plâtre, la cire et le bronze. Elle confie ses patines au fondeur mais s'en inquiète car « la patine peut changer les choses ». Or le bronze doit être fidèle à la forme de son original, la sculpture en terre cuite.

Elle a d'abord fait du dessin dont elle recommande la valeur formatrice, puis travaillé sur des modèles vivants; un passage par les ateliers de la Ville de Paris et ensuite un itinéraire personnel à « l'écoute de ses sensatiopenseurns propres ».

Dans les oeuvres plus récentes, les formes s'alourdissent, la main du sculpteur y cisèle de profondes cicatrices que la patine souligne Caryatide, Birdy , Le penseur Jeune homme assis et Aurore appartiennent à cette nouvelle inspiration ainsi que La Terre : formes tourmentées, plus enracinées, comme se refusant à quitter leur gangue de terre cuite ou enfermées dans la patine verte ou brune de leur bronze. Birdy   est « femme-oiseau » elle s’apprête à l'envol, son esprit l'y invite mais ses mains enserrent toujours un corps tendu, aux muscles saillants, qui s'attache à la terre de toutes ses frayeurs. il en est de même du Penseur, aux formes torturées, à la main posée au sol comme pour s'y enraciner, au visage hagard entre résolution et irrésolution. Et puis il y a La Terre et Aurore, toutes deuxLa terre spirale, rondeur, fermeture. La Terre,  plus lourde, plus massive est comme ancrée dans une certitude qu'elle se refuse à quitter. Il y a du Maillol dans ce personnage, une solidité plus avouée. Elle a accédé à l'équilibre que refuse Aurore, corps dynamique , qui regarde vers un ailleurs, visage presque serein. Le jour s'est levé, brillance et illumination imprègnent cette oeuvre tournée vers l'espérance d'un lendemain. Sous ses deux formes, terre cuite et bronze, elle apparaît différemment. La terre cuite lui donne plus de force, de puissance, tandis que le bronze crée une présence plus exigeante, donne l'illumination intérieure et l'éclat. Aurore  est une soeur lointaine de l'Aurore de Michel–Ange mais elle n'a ni l'imposante silhouette de sa devancière ni sa divine sérénité. l'Aurore de Tsalapatanis est une femme, rien qu'une femme qui prend conscience d'elle-même au matin d'un jour qui commenceaurore. Tsalapatanis aime aussi travailler le portrait. De nombreuses têtes jalonnent son itinéraire, de son autoportrait aux deux ou trois portraits de Picasso pour lequel elle avoue avoir un faible, tous saisis dans leur singularité et leur essentialité. Il y a aussi la Chimére si chère aux Sculpteurs de la Renaissance, à laquelle elle donne un visage d'angoisse comme cette Sybille de Delphes habitée par la révélation. Et cette Femme-Poule, retour à l'art primitif, tête et buste menus, ventre et hanches gigantesques d'une déesse terre, lovée dans son nid, clin d'oeil plein d'humour, autre visage de la maternité, vu sous l'angle de la dérision. Ici l'image préalable impose la forme, un regard, une ligne.birdy

Dans ce cheminement il y a bien un itinéraire, un accès au monde, une manière de s'y insérer dans la difficulté et parfois dans le refus ( Birdy, La Terre , Penseur). La première période s'épanouit dans l'équilibre d'un maniérisme élégant mais bientôt les formes tourmentées et inquiètes occupent un espace qui se définit de plus en plus par la forme close qui curieusement enferme sa dynamique mais en même temps explose au-delà de la forme elle–même. Ces formes sont aussi «non-finito », un peu brutes encore dans leur matière, elles ressemblent à des ébauches mais n'en sont pas, elles restent dans l'indéfinition, le non–dit. C'est le choix de l'artiste qui travaille la matière presque en ronde bosse. Michel–Ange aussi pratiquait cette technique. C'est pourquoi malgré leur dimension, les statues de Tsalapatanis ont besoin d'espace. Leur volume les dépasse, elles doivent être vues sous tous les angles accomplissant ainsi le voeu chimèrede Michel–Ange, ce qui veut dire qu'elles existent différemment selon l'angle sous lequel on les contemple. Leur but est de provoquer un dialogue silencieux avec le regard du spectateur. Dans la multiplicité de ses perspectives gît le secret de la vraie sculpture et c'est là son but même, et sa supériorité sur les autres formes d'art. C'est pour cela qu'aujourd'hui, dans notre XX° s. qui privilégie les formes et les volumes dans la spatialité, elle est la compagne favorite de l'architecture, faisant ainsi retour à ses origines, à la gangue du Babylonien, réintégrant l'édifice après s'en être détachée.

Plus récemment, Tsalapatanis s'est intéressée à la figure éternelle et sublime de Don Quichotte, commande d'un bronze de deux mètres pour une école professionnelle à Argenteuil. Elle est partie de la description du Chevalier à la Triste Figure telle que la brosse Cervantès au début de son immortel ouvrage, pour en tirer une série d'images–éDon Quichottebauches, qui peu à peu se sont décantées: les premières sont encore figuratives, puis la sculpture s'amenuise, devient filiforme, stylisés, idée plutôt que forme, et en même temps se densifie par une tension interne, dans l'allongement. Il n'a plus forme de pied, de main. On reconnaît un livre, une épée, une tête perdue très haut. On songe évidemment à Giacometti mais aussi à Daumier qui donna également vie au personnage. Mais on reconnaît bien aussi Tsalapatanis dans cette tête dressée, cet homme debout qui brandit devant l'éternité un rêve dérisoire et impossible, une folie sans âge que la réalité brisera. C'est l'esprit de Don Quichotte  que le sculpteur exprime dans ces figurines, à travers une matière nouvelle pour elle : la cire.

Cette difficulté d'être à la vie et d'accepter de la dire en toute humilité, Tsalapatanis la proclame tout au long d'une oeuvre déjà abondante et discrète, comme l'artiste elle–même qui ne revendique que le travail et l'attachement à son art

Lauriane d'Este. Historienne d'art
Professeur à l'Université de Paris X Nanterre.

juillet 1998

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Marie-Thérèse TSALAPATANIS

Un nom, un prénom en outremer et blanc !

Née à Paris dans les années 50 près des Buttes-Chaumont, son regard d'enfant survolera la lumière des toits humides les soirs de lune. Les gouttières offertes aux étoiles, seront ruisseaux, océans pour les oiseaux.
L’aptitude au rêve, l’observation de la réalité transcrite par le dessin guidera ses pas, dès l'âge de 10 ans vers les cours des Arts Décoratifs du Louvre. Jeune élève avide de curiosité, le parcours des sous-sols devient magie par l’ombre des chefs-d’œuvres en sommeil. Elle travaille le dessin et la peinture, puis va à la rencontre d'autres ateliers parisiens dont celui des Beaux-Arts où le choix de plus en plus précis se porte vers la sculpture.

Etudes classiques d'après modèles vivants, elle s'en écarte puis y revient et se consacre par la suite à un travail basé sur la mémoire.

Si le fil conducteur de ses œuvres est essentiellement l'étude de la figure humaine, ses recherches nous mènent :

Vers le subjectif des rondeurs où notre main se tend pour en goûter la douceur :
Osanna, Maternité, Réverie, Invocation.

Vers des angles vifs où l'essentiel, tracé au couteau mène le regard jusqu'au fond de nos «tripes » :
Penseur, Figure courbe, Figure allongée, envol, Flaneur.

Vers l'épurement extrême ou la matière n'est plus là que pour matérialiser la transparence de l'âme :
Figure 2 et La série des Don Quichotte.

Le travail des différents matériaux nous plonge au cœur des éléments naturels.

Surfaces polies, arrêtes vives ou trous béants sont les forces subjectives d’une nature en marche entre vents et lumières.

Entre blanc et outremer.

Annick GIOS

mai 2002