Marine Flamme Sentinelle Rivage Ailleurs
EVE 2006 Feuille Jeanne Présence Quietude
Figure 10 Reflexion Figure 7 Figure courbe Figure allongée
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Trois sources d'inspiration semblent aujourd'hui dominer l'œuvre de Marie-Thérèse Tsalapatanis auxquelles d'autres plus diffuses se rattachent. La première est sans conteste la Femme. De son origine grecque l'artiste tient, au début de son œuvre, ses formes pleines, ses Vénus archaïques aux hanches généreuses, ses génitrices, " reliées " au sens spirituel du mot, à la Terre. Le regard cependant est ailleurs, visage dressé, absent, profondément intériorisé, toujours aussi " angoissant ". Déjà cette absence au monde, ce silence intérieur dans lequel affleure l'âme. Cette image-là est emblématique de l'œuvre de l'artiste. Du reste nombreuses sont les œuvres sous ce signe ou qui s'y apparentent : Réflexion, Présence, Rêverie, Penseur, Attente, Sphinx, Quiétude, Sentinelle, Ailleurs…Toutefois ce qui me frappe le plus c'est peu à peu l'absence de dénomination des figures qui sont tout simplement appelées Figures, avec des chiffres comme si l'artiste se refusait désormais à nommer, à définir, à préciser. Figure, pour qualifier des formes qui s'inscrivent dans l'espace comme des signes, dépouillées de leurs chairs avec des épaules pointues limitant une sorte d' écrin pour la tête " j'aime le squelette en deçà de la chair " dit l'artiste à propos de cette figure 10, femme sans doute mais quoi encore ? L'image s'intellectualise, elle devient concept car par-delà la Femme surgit partout l'emblématique image de la conquérante, dressée comme une figure de proue, qu'elle émerge de l'argile comme la Figure 10, altière comme la Figure 7, qu'elle soit Papillon prête à prendre son envol, Sphinx ou Marine, ou encore Flamme, elles se dressent comme des combattantes face à la matière, aux éléments, au ciel même qu'elles défient…Mais c'est surtout dans La Flamme et dans l'Eve que Tsalapatanis exprime le mieux ce concept d'une Femme toujours archaïque, maîtresse du Monde comme d'elle-même, régnant sur un Univers qui est à la fois le berceau et l'objet de son triomphe. Flamme est l'épure même d'une figure féminine, corps fiché en Terre, buste cambré, tête menue et bras levés, étirée et attirée vers le ciel comme ces figures antiques du triomphe décorant le char des vainqueurs. Mais ici cette Niké ne gouverne que son propre triomphe, triomphe qu'assure et proclame comme un défi cette Eve qui se substitue ici à l'Adam de Michel Ange au plafond de la Sixtine comme si Eve désormais avait définitivement oublié Adam, l'avait gommé de son histoire, refusant cette dépendance que la Bible a voulu lui assigner. C'est une rebelle. Tsalapatanis est féministe, elle l'avoue simplement, sans revendication, elle le pense, elle l'inscrit dans une œuvre par ailleurs sans concession. Il y a comme une déification de l'image féminine mais dans la dignité. Cette dignité est la seconde composante de l'œuvre de cette artiste. La Femme-Epure qui naît de son travail du modelé, cette Femme-là je le disais plus haut est presque un concept, quintessence de la femme elle est aussi spiritualité. J'évoquais alors toutes les références à l'intériorité, à la spiritualité, à la dignité car cette dignité n'est pas une attitude, elle est fonctionnelle, elle a pris sa force dans la Nature qui est la troisième composante de la trajectoire de cette œuvre et qui les résume toutes.